REPAS DE FAMILLE

Quand ma mère aiguise ses couteaux
C'est encore le vieux coq
Qui a bien le moins peur.

J'ai dû me lever tôt,
Faire deux, trois tours de blocs
Pour fuir le sale quart d'heure.

C'est pas qu'elle soit méchante, ma mère,
Elle est juste affamée.
Ma pauvre sœur l'imprudente,
A fini en pâté !

Les repas d'famille sont toujours les mêmes,
Ont met les petits dans les plats des grands…

Quand mon père astique son fusils
Les lapins, les pigeons
Sont tranquilles comme Baptiste.

J'ai dû changer de lit
Pour éviter les plombs
Qui font grossir les listes.

C'est pas qu'il soit méchant, mon père,
Il est juste assoiffé.
Mon p'tit frère l'inconscient,
A fini en civet !

Les repas d'famille sont toujours les mêmes,
Ont met les petits dans les plats des grands !
Si on se dévore c'est bien parc'qu'on s'aime,
Pour qu'Hannibal mon tonton soit content!

Quand grand-mère choisit ses aiguilles
Je vous prie de me croire,
C'est pas pour tricoter !

Elle garde les yeux des filles,
Les mets dans son tiroir
Pour s'en faire des colliers.

C'est pas qu'elle soit cruelle, grand-mère,
Elle veut juste être belle.
Ma cousine la distraite,
A fini en brochette !

Les repas d'famille sont toujours les mêmes,
Ont met les petits dans les plats des grands…

Quand grand-père prend sa baïonnette,
Pas question les amis
De bailler aux corneilles.

Il faut vite faire place nette
Compter ses abattis,
Veiller dans son sommeil.

C'est pas qu'il soit violent, grand-père,
Il est juste nostalgique.
Mon voisin l'insouciant,
Mijote au basilic !

Les repas d'famille sont toujours les mêmes,
Ont met les petits dans les plats des grands !
Si on se dévore c'est bien parc'qu'on s'aime,
Pour qu'Hannibal mon tonton soit content !

Pennautier le 2 octobre 2006
Paroles : Luc Tallieu 
Musique: Michel Rousset